C'était vers dix-sept heures quand mon épouse se munit du téléphone pour répondre à un appel. J'étais dans une autre pièce de l'appartement lorsque j'entends exclamer «C'est pas possible ! ». Mais que se passe-t-il ?. Au fur et à mesure que se prolonge la communication, les interrogations et exclamations verbales s'accentuent. Piqué par ma maladive curiosité, j'approche de la source d'où s'échappe ce tohu-bohu téléphonique, en espérant comprendre. Toujours rires de ma femme, et questions posées à son interlocuteur. Pas de temps mort, on sent bien que les deux parties ont beaucoup à se dire. Rapidement, mon cerveau déduit que le correspondant est une connaissance de la famille. Prenons patience, je vais bien finir par le savoir, cette communication va bien s'achever, alors j'aurai le compte rendu plus ou moins détaillé selon l'excitation des neurones de mon épouse.
Mais là, erreur. La communication s'éternise, mon ouïe me rapporte le même engouement et enthousiasme aux verbiages téléphoniques. Je m'approche furtivement du lieu d'échanges verbaux ne voulant pas trop faire de bruit et sans que l'appelant s'aperçoive de mon arrivée, comme si le téléphone donnait la possibilité de voir ce qu'il se passe de visu.
Enfin, j'entends formuler «- Je vais te passer A...... »
Une voix bien que connue sans pouvoir dire à qui appartenait-elle « - Allô D..... c'est toi ? » Avant de pouvoir répondre affirmativement, la deuxième phrase suit la première « - C'est moi R...... de T...... »
Une boule commence à obstruer ma gorge. Surprise, émotion, il est impossible d'analyser ce sentiment. Je finis par comprendre plus clairement, et cela, en un dixième de secondes, c'est mon ami d'enfance et compagnons de jeux et de bêtises, perdu depuis près de cinquante ans.
Nous nous sommes vus une dernière fois en 1955 à T...... (Algérie) et depuis le néant, sans vraiment savoir ce qu'était devenu mon copain d'autrefois. Pourtant, ce n'est pas le manque de recherche à son sujet, je n'ai jamais eu la moindre nouvelle. A la question posée aux connaissances communes, la réponse négative ne variait jamais.
Voilà c'est fait, un entretien téléphonique de près de deux heures remet tout en ordre. Echanges d'adresses, énumérations du quotient familial: enfants et petits-enfants, quelques mots sur nos carrières professionnelles et nous voilà de nouveau comme si nous venions de nous quitter la veille. Les cinquante ans de séparation sont assez rapidement dissipés. Nous avons tout le restant de notre vie(hélas bien avancée) pour en parler. Et depuis cette après-midi, nous nous discutons toutes les semaines par l'intermédiaire bigophone. Tant de choses et souvenirs à revivre.
Cet, été nous sommes rencontrés chez R..... Nous avons passé huit jours de bonheur, tout simplement et le tout agrémenté d'éclats de rires que l'on pourrait même considérer enfantins. Rires dont nos épouses respectives en ont profité, n'ont-elles pas retrouvé leur mari de leur jeunesse? C'est peut-être tout simplement du bonheur, ranimer certains moments de notre passé, car le temps presse, et nous ne sommes plus très jeunes.
Féru d'internet, c'est bien grâce a ce moyen que j'ai pu retrouver mon ami d'enfance. Merci le web.
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